Vins de France : un week-end de découverte à Paris


Gérard Le Puill

Que l’on soit très connaisseur en vins ou seulement curieux, le salon des vignerons indépendants qui ouvre demain à 10 heures, Porte de Champerret à Paris, permet à chaque visiteur de satisfaire sa curiosité. S’y rendre pour y faire quelques achats permet aussi de se monter solidaire vis-à-vis de vignerons alors que Donald Trump menace de taxer à 200 % des importations de vins français aux États-Unis.

Trois jours durant, du 21 au 23 mars, les vignerons indépendants présents sur ce Salon de printemps espèrent retrouver leurs clients franciliens dans les sous-sols de la porte de Champerret à Paris (1). Les organisateurs indiquent que ce salon, comme celui de l’automne, fin novembre au Palais des Congrès de la Porte de Versailles, « rassemble exclusivement des vignerons qui cultivent leurs vignes, vinifient leurs raisins, élèvent leurs vins et le commercialisent eux-mêmes. Cela garantit une traçabilité et une authenticité des produits, ainsi qu’une relation directe entrer le producteur et le consommateur. Les vignerons présents viennent de toutes les régions viticoles de France, offrant une grande diversité de vins, de cépages et de terroirs. C’est l’occasion de découvrir des appellations connues et moins connues, ainsi que des vins connus et peu connus ».

Ces précisions sont importantes. Je me se souviens d’avoir découvert une appellation peu connue sur ce Salon voilà près de 40 ans. C’était sur le stand de Joël Gigou, producteur dans l’appellation Jasnières, au sud du département de la Sarthe. Par la suite, un reportage effectué en 1998 quelques jours avant la vendange et centré sur les attentes et les angoisses de Joël, fit de moi le lauréat du Grand prix du journalisme agricole. Plus généralement, un tour de France partant de l’Alsace en passant par la Champagne, le Jura, la Bourgogne, la vallée du Rhône, l’Occitanie, le grand sud-ouest, le Bordelais, les Pays de la Loire et la région centre, permet de découvrir la grande diversité des vins de France et leur potentiel de garde en cave. Connu pour de nombreux vins rouges, ce potentiel de garde existe aussi pour de nombreux vins blancs issus de différents cépages. Qui plus est, ils sont dotés d’une richesse aromatique qui laisse des souvenirs inoubliables lors des dégustations en famille et entre amis.

La France compte 750 000 hectares de vignes, soit 11 % de la superficie mondiale, pour environ 59 000 exploitations viticoles. Cela donne une superficie moyenne un peu inférieure à 13 hectares par exploitation. Les vignerons indépendants seraient au nombre de 7 000 environ, les autres viticulteurs livrant leur raisin à des coopératives pour l’essentiel. Les vins et les spiritueux que sont le cognac et l’armagnac ont dégagé un excédent commercial de 13,6 milliards d’euros en 2023, à comparer à l’excédent global de la filière agroalimentaire de la France qui était 5,3 milliards la même année. Alors que Donald Trump menaçait récemment de taxer à 25 % des exportations européennes d’acier et d’aluminium aux États-Unis, la Commission européenne a cru devoir riposter en annonçant une taxation de 50 % sur le bourbon importé des États-Unis en Europe. Du coup, le président américain a fait savoir qu’il taxerait à 200 % les vins et spiritueux exportés par l’Europe aux États-Unis.

On imagine que la posture maladroite de la Commission européenne a créé de l’inquiétude chez les vignerons indépendants dont un nombre relativement important exporte du champagne et des vins tranquilles aux États-Unis. En France, la consommation de vin par habitant est passée d’une moyenne annuelle de 127 litres par personne 1960 à 40 litres désormais. Selon de récentes enquêtes d’opinion, seulement 11 % des personnes interrogées disent boire un peu de vin tous les jours. 19 % se déclarent consommateurs occasionnels, 33 % consommateurs occasionnels rares et 37 % disent ne pas consommer de vin.

Alors que des milliers d’hectares de vignes sont en cours d’arrachage dans plusieurs régions viticoles, l’inquiétude est grande chez les viticulteurs en général, comme chez de nombreux vignerons indépendants. Que l’on soit un consommateur averti ou pas, on peut sur le salon de la Porte de Champerret, déguster des vins gratuitement, échanger avec les producteurs, acheter quelques bouteilles à emporter ou à faire livrer. Quand on dispose d’une cave souterraine, voire d’une ne cave d’appartement réglée à température constante, se constituer progressivement une réserve de quelques dizaines, voire de quelques centaines de bouteilles de vin de garde est toujours pertinent. Cela permet, en ouvrant une bouteille de temps à autre, de suivre l’évolution des différents crus. Les bonnes surprises sont toujours nombreuses et les déceptions très rares.

En septembre 2024, un ami journaliste m’avait informé qu’il allait bientôt fêter en famille les 18 ans de ses deux petits-fils, frères jumeaux de sa fille unique et de son conjoint. J’ai offert à sa fille un sauternes Château Dudon de 2006, qui est aussi l’année de naissance de l’un de mes petits enfants. Avant de déboucher la bouteille pour accompagner le gâteau d’anniversaire, les deux frères ont tenu se faire photographier avec le flacon en main et l’année du millésime 2006 bien en vue. Toute la famille a ensuite échangé sur la qualité et l’énorme potentiel de garde de ce sauternes, moins sucré que la moyenne des vins de cette appellation, mais doté d’un équilibre et d’une acidité qui le bonifient au fil des ans.

C’est aussi de cette manière que l’on peut sensibiliser les jeunes à la culture du vin. Goûter des vins en famille, échanger sur les mets qui permettent de les sublimer est un cheminement culturel qui permet de multiplier les découvertes au fil du temps. Vu sous cet angle, la culture du vin ne tourne jamais à l’addiction.


Vendredi et samedi de 10H à 20H, dimanche de 10H à 18H