Véronique Fayet : qui seraient les grands perdants si La Nuit du bien commun venait à disparaître ?


Noël approche et nous recevons chaque jour de nouveaux appels à don de la part d’associations que l’on sent inquiètes, aux abois parfois. La conjoncture est difficile ; l’ambiance politique délétère inquiète tous les Français et ils épargnent massivement, quand d’autres ne parviennent plus à joindre les deux bouts…

Mais surtout l’État et les collectivités locales diminuent drastiquement et simultanément leurs subventions aux associations. Selon le Mouvement associatif, une association sur deux a perdu des subventions publiques, une sur trois a moins de trois mois de trésorerie devant elle, et quatre sur dix doivent renoncer à des activités par manque de budget.

Ce climat morose n’entame pas tout à fait l’enthousiasme et la générosité des acteurs qui se disent que la générosité privée est inépuisable. Mais comment aller la chercher ? Comment joindre ces donateurs inconnus et discrets ? C’est précisément le talent de La Nuit du bien commun : mettre en contact, sur un territoire, porteurs de projets et donateurs qui, sans cela, ne se rencontreraient jamais.

Oui, ce sont des entrepreneurs locaux qui sélectionnent les projets, des acteurs associatifs locaux, pour la plupart bénévoles, qui présentent leurs projets innovants au service des personnes de la rue, des mamans solo, des enfants handicapés… et des donateurs locaux dont le cœur et le portefeuille chavirent devant tant de créativité, de générosité, de combativité… Bel exemple de circuit court de la solidarité qui crée des rencontres improbables et fécondes ! Voilà qui devrait plaire aux écologistes !

Et certains voudraient tuer cela en mélangeant tout ? Qui seraient les grands perdants si La Nuit du bien commun n’existait plus ? Ce n'est pas monsieur Stérin ! S’il fut, avec d’autres, à l’origine des premières nuits de genre, il n’y exerce désormais plus aucune responsabilité et poursuit ses activités dans un engagement politique, qui n’est pas le mien, mais qui est son droit… si toutefois nous sommes encore en démocratie !

Dieu sait – et vous aussi qui me connaissez – que je n’ai aucune complaisance pour les idées qu’il défend, et que je les ai même souvent combattues ! Qui seraient les grands perdants, donc, si La Nuit du bien commun venait à disparaître ? Les associations, bien sûr et les plus petits qu’elles soutiennent, les plus pauvres, ceux que la société laissent au bord du chemin et dont les associations sont seules à se faire proche, comme le Bon Samaritain de l’Évangile.

Ceux qui en feront les frais, ce sont ceux-là mêmes, les plus fragiles, que les détracteurs de La Nuit du bien commun prétendent défendre par une politique sociale étatique qui, on peut le déplorer, n’a plus les moyens de ses ambitions. Oui, les premières victimes seront des enfants malades ou handicapés, des personnes à la rue on en insertion professionnelle…

Ecoutez la colère de Leila Z., responsable d’une association girondine qui ne se présentera pas à la soirée de Bordeaux, alors qu’elle était sélectionnée, car son bureau a pris peur face à des mails très menaçants : « Que quelqu’un me donne la solution. Qui va me les donner ces 40 000 € pour que nous puissions continuer à soutenir les enfants malades ? »

Mais quelle est cette société où le droit de se réunir serait entravé ? Ou le droit de donner est devenu un acte de courage ? Alors de grâce messieurs et mesdames les donneurs de leçons, cessez vos invectives, vos menaces et intimidations. Venez à la rencontre de ces chefs d’entreprises généreux et audacieux qui à Bordeaux et ailleurs vont lever des milliers d’euros pour les associations, de ces donateurs qui découvrent avec émerveillement la richesse de la vie associative, et la joie de donner. De grâce, parlons-nous !

Osons un vrai dialogue, celui que le pape François appelle de ses vœux dans Fratelli Tutti (au paragraphe 198). Dialoguer c’est « se rapprocher, s’exprimer, s’écouter, se regarder, se connaître, essayer de se comprendre, chercher des points communs ». Oui, c’est tout cela le vrai dialogue et ce n’est pas une tâche facile. Il faut le vouloir, le décider, s’en donner les moyens et croire que tout reste possible. C’est la Nuit qu’il est beau de croire à la Lumière : celle de notre fragile humanité en marche vers Noël !

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