« Jay Kelly » sur Netflix : George Clooney et la solitude de l’acteur


En compétition à la dernière Mostra de Venise, le film de Noah Baumbach met en scène une star vieillissante qui se retourne sur sa carrière à l’occasion d’un road trip en Europe. Une comédie douce-amère qui joue de la ressemblance de George Clooney avec son personnage.

Jay Kelly (George Clooney) est une star au faîte de sa gloire. Ou plutôt la star hollywoodienne avec tous les clichés que ce terme véhicule dans l’imaginaire des spectateurs. Une somptueuse villa sur les hauteurs de Los Angeles, un ego surdimensionné, un agent dévoué (Adam Sandler), un aréopage d’assistants prêts à combler le moindre de ses désirs, et deux grandes filles qu’il n’a pas vu grandir. Alors que la dernière s’apprête à partir faire un road trip en Europe avant de quitter le nid, une série d’événements pousse l’acteur à un début d’introspection pas vraiment flatteuse. Et sur un coup de tête décide de partir sur les traces de sa fille, à Paris et en Italie, dans l’espoir de se racheter.

Le réalisateur Noah Baumbach joue des similitudes entre son personnage, Jay Kelly, et son interprète, George Clooney, pour trousser cette comédie douce-amère sur le star-système américain. Jusqu’à en épouser son imagerie de papier glacé (ou de réseaux sociaux), glamour et ultracolorée, qui donne à son film une esthétique kitsch.

Le film, en compétition à la dernière Mostra de Venise, est très réussi dans sa première partie. Il dresse avec beaucoup d’humour et un brin d’ironie le portrait de cette star réduite pour l’essentiel à son image, se demandant s’il n’est pas tout simplement une coquille vide, voire un usurpateur.

Dès lors qu’il débarque en Europe, le scénario malheureusement s’essouffle. Et une longue scène à bord d’un train – qui semble sortir tout droit des années 1950 ou de l’univers de Wes Anderson – est le prétexte à un intense cabotinage de la part d’un George Clooney déchaîné. À ses côtés, Adam Sandler est un modèle de sobriété dans le rôle de Ron, l’agent loyal jusqu’au bout à son patron quitte à sacrifier sa vie de famille. Si l’on pardonne sa longueur, deux heures et douze minutes et un dénouement interminable, on dégustera sans déplaisir ce pur produit de plateforme qui nous permet de retrouver quelques excellents acteurs comme Laura Dern, dans le rôle de l’attachée de presse, ou Billy Crudup en concurrent malheureux.