À Béziers, la manifestation de la « dernière chance » des viticulteurs


Plusieurs centaines de viticulteurs se sont élancés, samedi 15 novembre, dans les rues de Béziers (Hérault) pour une manifestation « de la dernière chance », sonnés par la conjonction des aléas climatiques et d’une situation économique très tendue depuis plusieurs années.

Le choix de cette ville n’a pas été fait au hasard. C’est de Béziers qu’était partie la grande révolte viticole de 1907, un des plus grands mouvements sociaux du XXe siècle dans l’hexagone. « Il y a une colère qui monte. On ressent les mêmes ferments qu’en 1907, c’est-à-dire que les vignerons ne s’en sortent plus », explique Fabien Castelbou, viticulteur et vice-président d’une coopérative proche de Montpellier.

Plusieurs organisations professionnelles, comme la FNSEA, les Jeunes agriculteurs (JA) et la Coordination rurale (CR) ont mis de côté leurs divergences pour porter une vingtaine de revendications communes comme « la lutte contre les prix du vin abusivement bas pratiqués par les négociants et la grande distribution », la « simplification » des contraintes administratives, l’accès à l’eau ou encore à l’assouplissement de la loi interdisant la publicité pour le vin.

« On a besoin d’un triptyque : un plan d’arrachage, un plan de distillation et des prêts pour réconcilier la trésorerie puis relancer la commercialisation », car « dans toutes les zones viticoles de France, c’est compliqué », explique Jean-Samuel Eynard, venu de Bordeaux où il cultive 35 hectares de vigne d’appellation Côte-de-bourg.

Il y a d’abord le recul de la consommation de vin. Dans les années 1960, elle était autour de 130 litres par an et par habitant. pour tomber entre 40 et 45 litres aujourd’hui, soit une division par trois. À cela s’ajoutent les effets du réchauffement climatique, avec des épisodes de gel, de grêle et de sécheresse qui se multiplient. Et pour ne rien arranger, la hausse des barrières douanières freine les exportations, qu’ils s’agissent des droits de douane aux États-Unis ou des taxes chinoises sur le cognac et l’armagnac.

Le secteur des vins et spiritueux, qui compte 600 000 emplois en France, représente 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont la moitié à l’exportation.

« Jamais notre secteur n’avait eu à traverser en quatre ou cinq ans autant de crises avec des origines multiples, multifactorielles. Les trésoreries sont aujourd’hui totalement exsangues et les entreprises sont sur le point de lâcher », résume Jean-Marie Fabre, installé dans l’Aude et président national des Vignerons indépendants.

Les viticulteurs estiment également être pénalisés par le contexte politique instable, qui retarde ou bloque, selon eux, les réponses à leur demande. « On ne sent pas une volonté politique de mettre en avant le vin, de répondre aux attaques de Trump, de nous aider à retourner sur le marché chinois, de mettre en place un écosystème favorable à l’économie et à l’humain. Et maintenant on veut interdire le vin à la buvette de l’Assemblée nationale ! », déplore le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, Ludovic Roux.

La filière a toutefois été reçue à Paris, le 6 novembre, par la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. Elle leur a annoncé la prorogation du guichet sécheresse, avec une enveloppe de 10 millions d’euros pour accompagner l’adaptation des exploitations. Elle s’est aussi engagée à réactiver un dispositif de consolidation bancaire, destiné à faire face aux crises de trésorerie, en promettant de revenir vers les viticulteurs « avec des propositions concrètes d’ici à la fin du mois », a indiqué son ministère.