D-Day : mort de Charles Norman Shay, héros amérindien d’Omaha Beach


Charles Norman Shay (ici en 2020), le dernier survivant amérindien à avoir participé au débarquement en Normandie, est décédé mercredi 3 décembre 2025, à l’âge de 101 ans.
Charles Norman Shay (ici en 2020), le dernier survivant amérindien à avoir participé au débarquement en Normandie, est décédé mercredi 3 décembre 2025, à l’âge de 101 ans. Virginia Mayo / AP
Charles Norman Shay, le dernier survivant amérindien à avoir participé au débarquement en Normandie en juin 1944, est décédé mercredi 3 décembre, à l’âge de 101 ans. Infirmier sur la plage « d’Omaha la sanglante », il était le visage d’une longue lutte pour la reconnaissance du rôle des soldats amérindiens.

Il avait choisi de finir ses jours sur les terres du Jour le plus long. Charles Norman Shay, le dernier survivant amérindien à avoir participé au débarquement en Normandie, est décédé mercredi 3 décembre 2025, à l’âge de 101 ans en Normandie, où il vivait depuis plusieurs années. Comme il l’avait formulé, il devrait être inhumé au cimetière de Saint-Laurent-sur-Mer, à quelques mètres de la plage d’Omaha Beach.

Il n’avait pas vingt ans quand il a mis les pieds pour la première fois sur cette plage, le 6 juin 1944. Enrôlé en 1943 dans la 1re division d’infanterie américaine, la fameuse « Big Red One », Charles Norman Shay faisait partie des quelque 500 soldats « native American » à participer au Débarquement.

— Région Normandie (@RegionNormandie) December 3, 2025

Charles Norman Shay est né dans la tribu des Pentagouets, dans l’État du Maine. Sa mère est une militante active pour les droits des peuples amérindiens. Quand son fils part à la guerre, ils n’ont même pas le droit de vote, puisque les Amérindiens du Maine ne l’obtiennent qu’en 1954. Petit déjà, Charles se serait distingué en sauvant son petit frère de la noyade. Dans sa tribu, il est donc surnommé « petit rat musqué ». Un animal qui, dans la mythologie de son peuple, sauva le monde.

Du monde, Charles Norman Shay en sauve quand il débarque sur la plage d’Omaha, la plus meurtrière du « D-Day ». Le jeune soldat infirmier qui n’a que son matériel médical sur lui est d’abord sonné par le massacre en cours. « Il a fallu que mon esprit intègre le fait de voir autant de morts, de blessés et de personnes en détresse », racontait-il à l’AFP en 2019.

Une fois dans les dunes, il prodigue des premiers soins à tout va puis s’aperçoit que « beaucoup d’hommes étaient étendus sur la plage et risquaient d’être noyés, comme la mer montaitJe suis donc retourné vers l’eau. Je retournais (les soldats) sur les dos, les attrapais sous les bras pour les remonter sur la plage. J’ai assisté plusieurs hommes comme ça. Je ne sais pas combien. Mais les nombres ne sont pas importants » se rappelle le vétéran qui, pour son action, recevra la Silver star, la troisième plus haute décoration militaire des États-Unis.

Capturé par l’armée allemande au cours de l’été 1944, il est libéré à la fin du conflit et rentre aux États-Unis. Comme beaucoup de soldats de retour au pays, Charles Norman Shay ne trouve pas de travail et se porte de nouveau volontaire pour l’armée. Il est envoyé en Autriche pour faire partie des forces d’occupation américaines, et rencontre une Autrichienne, Lilli Rosa Bollarth, avec qui il se marie en 1950. Un an plus tard, l’infirmier militaire est envoyé en Asie pour soigner les blessés de la guerre de Corée.

Après ses années en tant qu’infirmier militaire, Charles Norman Shay s’installe à Vienne avec son épouse et retourne chaque année dans sa réserve natale de Penobscot, ou vivent les siens. Il les rejoint finalement en 2003. Son épouse décède peu de temps après leur arrivée.

À la retraite, Charles Norman Shay est un « ancien » de sa tribu, ce qui lui confère une responsabilité de transmission. Il s’attelle à la réédition d’un ouvrage écrit par son propre grand-père, The Life and Traditions of the red Man ( « La Vie et les Traditions de l’homme rouge » ), initialement publié en 1893, puis s’attaque à son propre témoignage.

Entouré d’une équipe de réalisateurs, il revient en Normandie pour la première fois au printemps 2007. Dans son livre Project Omaha Beach : The Life and Military Service of a penobscot native american elder ( « Projet Omaha Beach : La Vie et le Service militaire d’un ancien combattant amérindien penobscot »), Charles Norman Shay raconte son voyage sous la forme de lettres adressées à sa défunte épouse Lilli, et met en lumière l’expérience combattante des soldats amérindiens. Pour son ouvrage et son action passée, Nicolas Sarkozy remet au vétéran la Légion d’honneur en 2007.

En 2017, il inaugure sur la plage de Saint-Laurent-sur-Mer une sculpture de tortue en granit pour rendre hommage aux 175 Amérindiens débarqués à Omaha Beach. Il s’installe, la même année, à Bretteville-l’Orgueilleuse, non loin des plages où il participe régulièrement aux commémorations.

À côté de la tortue, qui symbolise la sagesse et la longévité dans plusieurs mythologies amérindiennes, se dresse depuis 2020 un buste de Charles Norman Shay. Considéré comme le dernier survivant amérindiens depuis de longues années, Charles Norman Shay incarnait à lui seul la mémoire des centaines d’Amérindiens débarqués un matin de juin sur le sable de Normandie.