États-Unis : la Cour suprême des États-Unis autorise la nouvelle carte électorale du Texas


La Cour suprême des États-Unis a autorisé jeudi 4 décembre le Texas à utiliser sa nouvelle carte électorale visant à permettre aux républicains de remporter davantage de sièges lors des élections de mi-mandat en 2026, un succès pour Donald Trump.

Par six voix contre trois, celles des juges conservateurs contre celles des progressistes, la Cour a annulé une décision de première instance suspendant l’utilisation de cette carte au motif que le découpage semblait avoir été réalisé « sur des bases raciales », ce qui est illégal. La majorité conservatrice de la Cour suprême a notamment reproché au tribunal de première instance de « s’être ingéré à tort » dans une campagne électorale, « provoquant beaucoup de confusion ».

La juge Elena Kagan, au nom des trois progressistes, a exprimé son désaccord. « La Cour annonce aujourd’hui que le Texas pourra conduire les élections de l’année prochaine avec une carte dont le tribunal de première instance a déterminé qu’elle violait nos instructions fréquemment répétées sur l’utilisation de critères raciaux dans le découpage électoral », déplore-t-elle.

Au cœur du débat : le découpage électoral partisan, dit « gerrymandering », consistant à déplacer les frontières des circonscriptions au gré des intérêts du parti dirigeant dans chaque État.

La Cour suprême a conclu en 2019 que ce charcutage ne relevait pas de la compétence des tribunaux fédéraux. Mais il reste prohibé lorsqu’il se pratique sur des bases raciales et non plus de l’affiliation politique, alors que les minorités ethniques votent traditionnellement davantage pour les démocrates que pour les républicains.

La ministre de la justice Pam Bondi a félicité le Texas « pour avoir fait avancer l’État de droit ». « Les tribunaux fédéraux n’ont pas le droit d’interférer dans la décision d’un État de redessiner les cartes législatives », a ajouté la ministre sur X, accusant les magistrats de première instance d’avoir jugé de manière « partisane ».

Le gouverneur républicain du Texas Greg Abbott s’est lui aussi empressé de se réjouir de la décision de la Cour suprême. « Nous avons gagné ! Le Texas est officiellement – et légalement – plus rouge », a-t-il écrit sur X, en référence à la couleur du Parti républicain, le bleu étant celle des démocrates.

Ces derniers ont vivement réagi. « La majorité conservatrice de la Cour suprême a une nouvelle fois sapé sa crédibilité en approuvant sans discussion une carte électorale manipulée sur une base raciale au Texas », a écrit dans un communiqué Hakeem Jeffries, chef de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. « Les républicains savent que les extrémistes ne peuvent gagner qu’en trichant », a-t-il ajouté.

La nouvelle carte électorale du Texas a été définitivement adoptée en août par le Parlement de ce vaste État conservateur du Sud. Le président Donald Trump avait publiquement fait pression sur les responsables républicains pour qu’ils effectuent ce redécoupage, qui vise à préserver la majorité étriquée des républicains au Congrès au-delà des prochaines élections législatives.

Des secteurs à majorité latino ou afro-américaine, où la candidate démocrate Kamala Harris l’avait emporté lors de la présidentielle de 2024, ont ainsi été fragmentés et rattachés à des circonscriptions acquises à la droite pour diluer le vote démocrate et permettre aux républicains de glaner jusqu’à cinq sièges supplémentaires.

Saisi par des électeurs afro-américains et latinos qui considéraient ce redécoupage électoral comme « discriminatoire » envers les minorités, le tribunal avait suspendu la loi mi-novembre et ordonné aux autorités d’utiliser pour le scrutin de mi-mandat, prévu en novembre 2026, la même carte que pour les élections de 2022 et 2024. « Il existe des preuves significatives que le Texas a tracé la carte de 2025 sur des bases raciales », avait-il conclu.

En réaction au redécoupage au Texas, les démocrates ont fait approuver en novembre par référendum un texte destiné à leur donner cinq sièges supplémentaires en Californie, État le plus peuplé du pays, qu’ils dominent largement. Les républicains de Californie, appuyés par le ministère de la Justice, contestent ce nouveau découpage.