Deux nouveaux pandas en France : d’où vient notre fascination pour ces animaux ?


Deux de perdus, deux de retrouvés. Moins de deux semaines après le départ du couple star de pandas géants du zoo de Beauval, la Chine confirme qu’elle prêtera bientôt deux nouveaux spécimens à la France.

L’annonce a été faite lors de la visite d’Emmanuel Macron dans le pays, qui s’achève ce vendredi 5 décembre sur cette promesse. Un gage de la bonne entente maintenue entre Paris et Pékin malgré des discussions tendues autour de la guerre en Ukraine et du commerce international. Le président de la République s’est dit « très sensible » à ce « geste » d’attention.

Le panda est depuis de nombreuses années l’arme la plus puissante du soft power chinois. Dans les zoos des États-Unis, du Japon, de Belgique et plus récemment du Qatar, ce « petit ourson de Chine » – comme le surnommait Chantal Goya – attire les foules. Mais pourquoi le panda fascine-t-il tant ?

C’est vrai qu’il est mignon, dans son costume noir et blanc, avec son doux pelage, sa grosse tête, ses grands yeux sombres et sa démarche maladroite. Son apparence répond parfaitement au « baby schéma », un ensemble de caractères physiques qui déclenchent dans nos cerveaux humains des réactions émotionnelles positives et un fort instinct de protection.

Le chercheur allemand Konrad Lorenz a été le premier à théoriser ce concept, dans les années 1940, en montrant que les humains réagissent instinctivement aux traits juvéniles des nourrissons et des enfants : grosse tête par rapport au corps, grands yeux, visage arrondi, etc.

Plus tard, à partir des années 2010, les neurosciences prouvent l’existence de ce phénomène. Des études montrent en effet les circuits cérébraux qui s’activent lorsque des adultes regardent des visages d’enfants : zones liées à l’empathie, à l’attention, à la récompense…

En 2014, la revue Frontiers in Psychology publie une étude soulignant que la réaction au « baby schéma » ne concerne pas que les visages humains, mais s’applique également aux animaux. En outre, les émotions créées par la vue de ces êtres « trop mignons » ne s’observent pas que chez les adultes, mais aussi chez les enfants, dès 3 ans. En plus de ses qualités physiques, le comportement du panda – animal à la fois joueur, maladroit et très calme – a également tout pour nous attendrir, selon le même processus cognitif.

Si le panda fascine tant, c’est également parce qu’il s’agit d’un animal sauvage, rare et fragile. Ce n’est pas pour rien que l’organisation WWF en a fait son logo en 1961. Sir Peter Scott, qui a posé sur le papier cette silhouette de panda, raconte : « Nous voulions un bel animal, en danger, et aimé par des personnes du monde entier. Nous voulions aussi un animal reconnaissable en noir et blanc afin de faire des économies sur le coût d’impression. »

Selon WWF, il ne restait plus que 1 114 pandas à l’état sauvage en Chine dans les années 1980. Vingt ans plus tard, ils étaient 1 600 environ, et aujourd’hui plus de 1 800. L’espèce a été reclassée en 2016 par IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) du statut « en danger » à celui de « vulnérable ».

Les efforts de conservation entamés depuis plus de quarante ans ont donc payé, mais la population de pandas reste faible et exposée à de nombreux dangers. La destruction des forêts de bambous (plus de 90 % de l’alimentation des pandas) en est un, tout comme la fragmentation de leurs zones d’habitat.

Par ailleurs, les pandas ont un rythme de reproduction naturellement lent, ce qui empêche un renouvellement rapide des populations. Les chercheurs sont aujourd’hui préoccupés par la faible diversité génétique de l’espèce. D’une aire géographique à l’autre, les individus ne se mélangent que rarement et n’échangent donc presque plus de gènes. Or, ceci peut rendre leur adaptation à long terme plus difficile, accroître la faiblesse de leur système immunitaire, provoquer des malformations ou la stérilité.

Le panda, animal précieux, difficile à préserver, est ainsi devenu une sorte d’icône de la biodiversité en danger, l’ambassadeur du monde sauvage en voie de disparition, qu’il nous faut tenter de préserver. Sa présence dans les zoos du monde entier peut à ce titre jouer un rôle, en sensibilisant la population à son sort.

Même si les conditions de vie des pandas en captivité n’égalent pas celles de leur habitat naturel, leur présence permet aux chercheurs de les étudier de près, afin d’améliorer les programmes de gestion des populations sauvages et guider les politiques de conservation.

L’organisation WWF mentionne que les programmes de conservation – incluant la reproduction en captivité – sont importants pour la survie à long terme du panda, en complément de la protection de l’habitat naturel. La population de pandas captive représenterait ainsi une sorte de « réservoir génétique » en cas de catastrophe dans la nature.

En région parisienne, le Zoo de Beauval était ainsi fier d’avoir fait naître deux bébés pandas en 2021, grâce à une insémination artificielle. En accueillant ces animaux venus de Chine, le parc animalier explique contribuer à la conservation de l’espèce. Les deux nouveaux pandas géants promis par la Chine devraient arriver d’ici à 2027.