OPINION. « Le XXIe siècle doit être solidaire, ou ne sera pas », par Jean-Luc Gleyze, Benoît Hamon, Jérôme Saddier et Claire Thoury


Par Jean-Luc Gleyze, président du département de la Gironde et du groupe de gauche des Départements de France, Benoît Hamon (ESS France), Jérôme Saddier (Crédit coopératif et Coop France) et Claire Thoury (Mouvement associatif)

Dans un ruissellement destructeur, les financements nationaux baissent, comme les recettes de la croissance ou du marché de l’immobilier, incohérentes avec les compétences de solidarités des départements. Les dépenses pour les besoins des populations en fragilité, elles, ne cessent d’augmenter. Les menaces d’hier sont ainsi devenues la réalité d’aujourd’hui.

Est mise en jeu la pérennité des collectivités locales, notamment des départements, mais aussi celle de leurs partenaires associatifs, mutualistes, coopératifs. Finalement, celle de la continuité du service public. Car nous avons destins liés. Et quand l’action publique vacille, en dépendance des marchés, que devient l’intérêt général ? Un paradoxe frappe ainsi les départements et leurs partenaires dans leurs responsabilités : quand la société a le plus besoin d’eux, ils ont moins de moyens.

Affirmer que la dépense pour prendre soin est le problème relève d’une erreur fatale. C’est remettre en cause ce que la Sécurité sociale, voici quatre-vingts ans, a permis de créer comme modèle de protection : chacun en fonction de ses moyens, chacun pour répondre à ses besoins. C’est le manque de recettes cohérentes, robustes, pérennes et évolutives qui nous met collectivement en difficulté. 

Pour autant, des voies existent pour financer avec justice et justesse notre modèle social.

La contribution sociale généralisée (CSG) est la ressource fiscale idoine pour financer les départements, pour qu’ils continuent à soutenir leurs partenaires, sans peser plus lourdement sur le contribuable.

Notre modèle social ne peut s’accommoder de discours prônant sans cesse la baisse des dépenses publiques, en sacrifiant les personnes et les territoires les plus vulnérables.

Transférer aux départements, dès le 1er janvier 2026, 1 point de l’assiette de la CSG mettrait 15 milliards d’euros au service de leurs actions de solidarité : handicap, grand âge, protection de l’enfance, insertion, aide alimentaire… Les comptes sociaux peuvent pour cela être équilibrés par deux mesures de justice fiscale : prélever plus le capital, et non pas les salariés ; supprimer les exonérations de cotisations sociales au-delà de deux fois le smic, et non pas sur les bas salaires.

Quand, comme des millions de Français, nous sommes bouleversés par la lecture des Fossoyeurs ou des Ogres, nous devons engager des dépenses pour mettre en place plus de contrôles, pour soutenir les initiatives associatives et non lucratives à tous les âges de la vie. Face à cette responsabilité, les départements assument des engagements insuffisamment financés.

Notre modèle social ne peut s’accommoder de discours prônant sans cesse la baisse des dépenses publiques, en sacrifiant les personnes et les territoires les plus vulnérables, en les jetant dans les bras épineux de l’ultralibéralisme, en sacrifiant l’univers de l’économie sociale et solidaire et de ses valeurs : intérêt général, solidarité envers les plus fragiles, gouvernance démocratique, expérimentation citoyenne. Car le plus grand plan social à venir pourrait être, précisément, celui du monde associatif et coopératif.

Dans notre démocratie, chacun doit prendre sa juste part pour que chacun soit d’abord considéré en fonction du citoyen qu’il est, de ses besoins et non de ses moyens. L’enjeu de société devant nous est implacable : le XXIe siècle doit être solidaire ou ne sera pas.